Le CDC (Center of Disease Control) et l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) classent, sur une échelle de 4 niveaux, les microorganismes selon le danger qu’ils représentent :
Niveau 1 : Faible risque infectieux : Ces virus ne sont pas responsables de maladies connues et sont très difficiles à isoler en laboratoire.
Niveau 2 : Risque infectieux moyen : Ces virus causent des maladies bénignes ou sont délicats à isoler en laboratoire.
Niveau 3 : Haut risque infectieux : Virus provoquant des maladies sérieuses ou mortelles. Ils sont donc manipulés prudemment dans des milieux fermés où l’air est filtré. Les scientifiques doivent porter des protections spécifiques contre les infections.
Niveau 4 : Très haut risque infectieux : Virus responsables de maladies extrêmement contagieuses et mortelles.
Les protections, en plus de celles du niveau 3, sont la décontamination de l’air, le port d’habits imperméables approvisionnés en air non-contaminé, la présence de portes étanches à l’air, de douches chimiques de décontamination et de combinaisons spéciales. Aucun vaccin ou médicament n’est disponible contre ces virus. Ebola se retrouve dans cette catégorie.
C’est pourquoi, lorsqu’une épidémie à virus Ebola se déclare, plusieurs règles élémentaires doivent impérativement être respectées afin de minimiser le nombre de victimes :
- Isolement : les cas suspects sont isolés des autres malades et le personnel soignant doit opérer dans des conditions de haute sécurité. Tout le personnel hospitalier doit être informé de la nature de la maladie et des voies de transmission. On insistera tout particulièrement sur le risque important que présentent certains gestes tels que la pose d’une perfusion, la manipulation de sang et de sécrétions, de cathéters et de dispositifs d’aspiration. Le personnel hospitalier doit porter des blouses, des gants et des masques individuels. Ceux-ci ne doivent pas être réutilisés à moins d’avoir été désinfectés. Les morts sont rapidement enterrés ou incinérés.
- Contacts : le mode de transmission primaire de personne à personne étant le contact avec du sang, des sécrétions ou des liquides biologiques contaminés, toute personne ayant eu des contacts physiques étroits, même accidentels, avec des malades doit être placée sous surveillance rigoureuse. C’est-à-dire : prise de la température deux fois par jour et si celle-ci dépasse 38°C, hospitalisation immédiate en isolement total. La surveillance est intégralement maintenue pendant trois semaines suivant la date du dernier contact. Le personnel hospitalier qui entrerait en contact étroit avec des patients ou du matériel contaminé sans être porteur d’un dispositif de protection doit être considéré comme exposé et placé sous surveillance médicale étroite. Les malades ne peuvent pas recevoir de visiteurs. Les matériaux jetables sont brûlés après emploi, les autres sont stérilisés (ce virus est inactivé par chauffage à 60°C ou par les UV) avant toute réutilisation. De plus, ce virus étant sensible aux désinfectants classiques, toutes les surfaces aux alentours sont nettoyées à l’aide de solutions sanitaires.
On connaît en définitive très peu de choses sur Ebola. En effet, étudier un virus mortel, on s’en doute, ne suscite guère beaucoup de vocations (d’ailleurs tout le monde n’y est pas autorisé). De plus, afin atteindre un niveau de sécurité acceptable (il ne sera pourtant jamais de 100 % !), l’équipement est tel (infrastructures, sas, salles de décontamination, combinaisons spéciales, systèmes d’air conditionné et de pressurisation…) que peu d’organismes le possèdent.
Par ailleurs, comme le VIH, il s’agit d’un virus d’une extrême variabilité antigénique du fait de la possibilité de son génome à muter en permanence. Il paraît donc totalement illusoire d’espérer trouver un vaccin pour l’instant. Aussi, en tenant compte du coût de ce genre de recherches et, finalement, du peu de cas recensés jusqu’à présent comparé aux milliers de victimes d’autres virus, le but principal est aujourd’hui d’essayer de comprendre le processus de contamination et de transmission.
RISQUES DE TRANSMISSION EN DEHORS DES ZONES D’ENDEMIE
Il s’agit de notre principale angoisse à l’égard d’Ebola. En effet ce ne serait pas le premier microorganisme à » prendre l’avion » et à perpétrer son cycle naturel loin de sa région d’origine.
Heureusement, la contamination se faisant à partir des fluides corporels d’un malade en phase clinique, les risques d’une épidémie dans un pays développé sont extrêmement faibles. L’importation du virus pourrait se faire soit par un malade venant se faire soigner en Europe, soit par une personne ayant eu un contact étroit avec un malade en Afrique et qui déclarerait sa maladie à son retour, soit enfin par l’importation de singes en période d’incubation. En période épidémique, les 2 premières hypothèses aboutiraient à l’isolement du malade et la mise en place de précautions pour le personnel soignant éliminant tout risque de transmission. Quant aux mesures de quarantaine prises après les épidémies de Marburg et de Reston, elles interdisent que des primates soient à l’origine de cas humains. Le seul risque est donc le cas unique infecté au contact du réservoir ou d’un hôte sauvage et suspecté paludisme ou dengue à son arrivée à l’hôpital. Il pourrait entraîner des cas parmi le personnel soignant ou le personnel du laboratoire. Ce risque demeure extrêmement faible, ainsi que l’a montré le cas de l’éthnologue suisse contaminée en Côte-d’Ivoire. Elle a été hospitalisée 5 jours à Abidjan puis 10 jours en Suisse avec les précautions habituelles sans qu’aucune des 55 personnes qui l’ait approchée ne soit infectée. De même, à Kikwit en 1995, plusieurs malades ont été hospitalisés à l’Hôpital général dès le mois de janvier sans qu’aucun cas n’ait été rapporté dans le personnel soignant avant avril. Les risques majeurs apparaissent en fait lorsque le patient vomit, a la diarrhée ou saigne. Ces risques sont limités par une hygiène hospitalière appropriée et de bonnes pratiques de laboratoire. Malgré une létalité très élevée, la fièvre à virus Ebola n’est ni un problème majeur de santé publique en Afrique ni une réelle menace épidémique pour les pays extérieurs à la zone d’endémie.
La souche la plus contagieuse, dite Ebola-Mayinga, du nom d’une infirmière, est conservée aux Etats-Unis, à l’USAMRIID par -70°C (dans de l’azote liquide).
Rédigé par Christelle Vauloup


